L’Oeuvre ultime, vol. 2 : Ozu et Le Goût du saké

Bonsoir,
Deuxième volet de notre cycle consacré à l’oeuvre ultime, l’élégie d’un maître à son crépuscule :
jeudi 10 juin à 20h00 au cinéma Majestic
Le Goût du saké / Samma no aji (1962) de Yasujiro Ozu.
Avec Chichu Ryu notamment, qui fut de presque tous les films d’Ozu depuis… 1928.
Le cinéma d’Ozu n’est pas du cinéma. C’est une épure, un récit dramatique qui refuse tout accident, tout rebondissement. Une manière de fleuve tranquille qui traverse inexorablement le quotidien des classes moyennes du Japon. On s’y lève tôt pour prendre un train de banlieue (presque toujours de Tokyo) qui vous amène au travail tertiaire nécessitant le crayon gras ou au cabinet médical ; on y boit force saké au bar avec des amis du temps des études ; la femme mariée reste à la maison pour cuisiner ou repasser le costume occidental de bonne coupe dont le mari quitte toujours soigneusement la veste en rentrant du labeur ; le père n’en rame pas une à la maison et finit souvent veuf (avec Ozu, le Japon est le seul pays où les femmes meurent avant les maris) ; la jeune fille est secrétaire et espère se marier ; les mariages « arrangés » se font sur le mode de l’intérêt bien compris et de l’endogamie, même après plusieurs verres d’alcool ; les voisins sont affables devant et parfois vipérins derrière ; les enfants sont turbulents, les jeunes adultes soumis à leurs parents. Bref, dans un film d’Ozu, on se déchausse plusieurs fois en prononçant « ohayo » pour affirmer sa nipponité.
Le plus paradoxal, c’est qu’Ozu a commencé sa carrière en singeant le cinéma burlesque américain. Mais contrairement à Kurosawa, le plus occidental des grands cinéastes nippons, ou Mizogushi, dont la variété d’inspiration a intéressé très tôt la critique euro-américaine, Ozu, comme Naruse, quatrième larron du carré d’as, ne s’est intéressé qu’au Japon contemporain, à la fois moderne (le travail, l’habillement) et baigné de valeurs anciennes (le kimono, les soques, l’ameublement, le repas agenouillé…). Chez lui pas d’Histoire, ni d’histoire ; Ozu filme le temps, il est le cinéaste de la durée. Et c’est en étant excessivement japonais qu’il est universel.

Venez nombreux et réservez bien votre soirée du 17 juin pour la soirée associative Les Toilettes du pape, avec Amnesty International.

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